Journée de noces chez les Cromagnon de Wajdi Mouawad (création 1999)

Les cromagnonde Wajdi Mouawad
mise en Scène Jacques David
assisté de Patrick Palmero, scénographie Jean-Luc Taillefert, costumes Chantal Hocdé, lumières Philippe Lacombe, musique Zad Moultaka
avec
Yves Arnault, Gilles Dao, Dominique Jacquet, Nathalie Ortega, Patrick Palmero, Pierre Tessier, Claire Vidoni,
Wajdi Mouawad a obtenu une bourse d’écriture de la Fondation Beaumarchais et une résidence de trois mois à Limoges au Festival International des Francophonies en 1993.
Première création en France.
Présenté dans le cadre du Printemps du Québec en France 1999, première création en France avec le soutien de : THECIF (Aide à la Création), la DRAC (Aide au Projet), le Conseil Général du Val de Marne (Aide à la Création), Beaumarchais (le spectacle participe au 10ème anniversaire de la Fondation), l’ADAMI, Services Culturels de l’Ambassade du Canada, la Délégation Générale du Québec, avec le concours de l’ANPE Culture Spectacles et la participation artistique du J.T.N.

“Au fond, à travers les mots, j’étais le terroriste que je serais sans doute devenu si j’étais resté au Liban à faire la guerre. Je n’ai pas posé de bombe dans les autos, mais j’ai eu envie de poser des bombes dans la tête des gens et de les faire éclater. “

Wajdi Mouawad

(résumé)

 La salade sent le poisson ! Non, les morts sentent la salade ! Merde ! Trop de morts, la salade est immangeable ! Neel , le fils cire ses grolles et la voisine, Souhayla, regarde. Bêe ! Bêe ! Le mouton s’écorche d’agonir. Les bombes ont fait sécher le pantalon. Nelly, la fille, rêve dans la narcolepsie. Walter, le fils, poète de la guerre, terrorise de son verbe le père.

Qui dessine avec le sang des poètes sur les murs ?

Journée de noces chez les Cromagnons raconte l’histoire d’une famille qui prépare les noces de la fille aînée un jour de bombardement et d’orage. Les uns et les autres donnent le change, se comportant comme si, à quatre heures de l’après-midi, le fiancé devait réellement arriver. Tous s’interrogent sur l’identité de ce fameux fiancé européen qui veut prendre pour épouse une fille narcoleptique -elle s’endort à tout bout de champ- qui parle pendant son sommeil !

Attendu par les uns, craint par les autres, arrive Walter, le fils aîné qui revient de la guerre. Il balance à la face de ses parents la carcasse de son enfance, réveillant ainsi sa soeur Nelly. Nelly pourra alors quitter les siens pour aller “habiter dans un pays dont la principale préoccupation est la lutte contre les images pornographiques dans les écoles primaires ! Qu’ils sont heureux ces gens-là ! Qu’ils sont heureux !“.

Jacques DAVID

“Quelle histoire !

Epluchons, ma chère, épluchons, c’est tout ce qu’il nous reste !“

Souhayla / Nazha – Acte 1

 

Montréal, le 24 Mars 1997

 Cher Jacques,

Voici donc une semaine que je suis revenu à Montréal. Je t’écris en fait à toi, mais cette lettre pourrait et devrait s’adresser à toute l’équipe de comédiens avec laquelle tu as travaillé pour la lecture de « Journée de noces ».

 Je dois te dire tout d’abord que l’acharnement dont tu fais preuve pour donner une vie à cette histoire, à ces mots, à cette souffrance, est pour moi un véritable honneur puisque cet acharnement est le reflet visible de la passion qui t’anime devant mon texte. Or c’est à cette passion, c’est à ce désir viscéral et profond que j’ai assisté en janvier dernier, lors de la lecture que vous aviez préparée et que vous aviez présentée au Théâtre de la Tempête.

 Il y a dans ta démarche, dans ta manière d’aborder le texte quelque chose qui donne à l’histoire une étrangeté et une beauté qui m’ont beaucoup touché et qui m’ont aussi éclairé sur le sens de cette histoire. Le rythme aussi vers lequel tu entraînes tes comédiens, rythme qui est pour moi essentiel pour donner au texte une forme, pour l’intégrer, l’incarner, et qui permet à l’acteur d’éviter de tomber dans un jeu trop réfléchi, trop psychologique, et l’oblige par conséquent à chercher une manière « peu naturelle d’être naturel », ce rythme donc que j’ai entendu et que j’ai vu dans le corps même des comédiens me semble très juste.

 Mais au delà de toutes les considérations théâtrales, ce qui pour moi me semble le plus important, c’est l’idée de la rencontre. Le fait que nous nous soyons rencontrés, toi et moi, autour d’un univers qui exprime pour nous des choses douloureuses, des choses que nous souhaitons l’un et l’autre et de pouvoir les exprimer jusqu’au bout, avec les comédiens, de manière ultime, c’est à dire devant du monde, des gens, qui pourraient communier avec nous à cet univers, à cette blessure, à cette perte. Cette communion est pour moi le sens de tout geste théâtral, de toute parole proférée, dite, lancée, hurlée, criée, chuchotée, murmurée…

 D’autre part, ma rencontre avec les comédiens m’a aussi convaincu de ta démarche de créateur : qui, avant d’être de nature esthétique et donc par extension bourgeoise, est avant tout humaine, c’est à dire théâtrale. Et je t’avoue me méfier comme d’une charogne de ce théâtre confortablement vautré dans sa suffisance sculpturale, où le plastique, le métal et le rayon de lumière l’emportent sur le corps articulé, vivant et gravé de douleurs, de l’acteur. Et ce que j’ai vu, ce que j’ai saisi à votre rencontre, c’est l’importance de l’autre dans nos vies, l’importance de ce qui nous ébranle et qui, donc, par cet ébranlement commun, nous unit.

 Tout cela donc pour te dire à quel point je suis heureux de notre rencontre et combien je crois à ce projet.

 Je tenais aussi à te remercier, à remercier Dominique, et remercier chacun et chacune de tout l’engagement dont vous faites preuve face à ce texte. C’est pour moi une source d’espoir et de bonheur.

Je te salue bien chaleureusement

J’embrasse Dominique bien fort

Et je serre comédiens et comédiennes bien affectueusement

A Bientôt,

Wajdi

dossier cromagnon

 

 


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